Miami Beach pour beaucoup, c’est la ville la plus connue du « sunshine state » - La Floride - ce sont les palmiers, la plage, la vie nocturne et les clubs, un paradis de milliardaires. Pour certains amateurs plus avertis c’est peut être aussi un peu d’Art déco aux allures que les policés européens nomment kitsch ?
La réalité est cependant telle qu’aujourd’hui Miami Beach quand on s’y promène est surtout une ville : jeune, joyeuse, artistique et multiculturelle. La Floride est en effet ouverte sur les Caraïbes et les nombreux pays hispanophones qui l’entourent.
L’ultime cliché de Miami s’incarne dans la fameuse Ocean Drive. Une avenue qui comme son nom l’entend donne sur l’océan et déploie sur 15 blocs les plus fameux bâtiments Art déco de Miami – et du monde ! Car oui Miami Beach c’est la plus grande concentration de bâtiments Art déco au monde. Un quart d’heure de marche sur l’iconique pavé rouge d’Ocean Drive donne le ton : des jeunes, beaucoup de jeunes ; des voitures de luxe – toujours beaucoup- ; des adeptes du corps parfait ( bronzé, lisse et sculpté) et des moins jeunes – moins nombreux.
Cela parait difficile à croire mais il fut un temps où la ville clinquante, bruyante et très décomplexée de Miami Beach accueillait dans un quartier abandonné, bon marché et populaire autour d’Ocean Drive (mais pourvue d’un trésor architectural Art déco), une communauté discrète, vieillissante, soudée, avec une histoire riche mais douloureuse.
Pour comprendre comment Miami Beach et surtout - ce que l’on appelle aujourd’hui le très chic SoBE (South Beach) - ressemblait plus à un petit village de Pologne qu’à un quartier branché et luxueux, tant associé au bling des USA, il faut remonter très loin. La Pologne vraiment ? Oui, sans aucun doute quand on sait que dans les années 1970, des journaux yiddish étaient publiés, que l’on faisait ses courses dans des boucheries casher et qu’on pouvait aisément voir une pièce de théâtre en yiddish.
Plongeons dans les origines de Miami Beach pour comprendre comment tout cela commença. Au départ, Miami Beach est une île envahie de mangrove, un territoire sauvage qui se déploie face à l’Océan Atlantique mais s’enivre de la douceur des tropiques et d’une mer bleue turquoise. Au début du XX siècle, personne ne parie sur cet Etat, encore très sauvage, où le train s’aventure à peine. Quelques pionniers, précurseurs, y voient une opportunité de business et envisagent en visionnaires le tourisme de masse et les loisirs. Dans le même temps, la Floride se voit ravagée en 1926 par un ouragan qui détruit quasiment toute l’île de Miami Beach. Tout est à reconstruire. Et comme l’on vit avec son temps, ce sera le style Art déco qui est choisi. Une année auparavant, l’exposition universelle de Paris était consacrée à l’Art déco. Quand on vous répète que Miami a toujours été à la pointe de la tendance.
On construit alors vite, pas cher, mais avec une vision, un rêve, une créativité et un souci du détail extraordinaire. Henry Hohauser, L. Murray Dixon, pour ne citer qu’eux, font émerger une ville d’hôtels, d’immeubles Art déco qui accueillent un concept émergent : « le vacancier ». La ville prospère et on profite d’un climat de rêve en s’échappant du froid glacial de New York. Ce sont des années fastes.
Au sortir de la guerre cependant, le style Art déco perd peu à peu de sa splendeur et le développement de l’aviation amène les américains dans des contrées plus lointaines.
Dans les années 70, la population de South Beach vieillit. Le style Art déco aussi. Les bâtiments se dégradent. L’opinion générale y voit peu d’intérêt. Sauf quelques défenseurs à qui l’on doit rendre aujourd’hui hommage comme Barbara Capitman. Dans ce quartier Art déco à l’abandon qui n’intéresse personne et où les loyers sont peu onéreux, émerge alors un croisement de population entre retraités new-yorkais qui viennent se réchauffer au soleil et survivants de la Shoah, qui donnera une concentration unique de juifs d’Europe de l’Est dans un quartier que l’on nomme South Beach.
Ces retraités désireux de profiter de leur dernière instants au soleil, sont ceux que l’on retrouve sur les photographies d’Andy Sweet.
Ce dernier, diplômé des Beaux Arts et jeune photographe saisit – en véritable artiste – quelque chose que certainement les autres ne perçoivent pas et se met en tête avec Gary Monroe – autre photographe talentueux- de fixer ce monde.
La pellicule d’Andy Sweet capture alors un moment unique car disparu aujourd’hui. Cet instant fugace aurait pu être oublié mais grâce à l’oeuvre d’Andy Sweet, elle est toujours vivante aujourd’hui.
Cette population de retraités que l’on pourrait croire tristes, repliés et victimes transparaît tout autrement dans l’oeuvre d’Andy Sweet. Les photographies nous montrent un monde coloré, joyeux, festif. Et il fallait la couleur pour retranscrire ce monde. C’est ce que fit Andy Sweet qui fut un des premiers photographes à ouvrir la voie à la couleur dans la photographie d’art. Les sujets d’Andy Sweet ce sont aussi les gays, les drag queen et les afro-américains. Ceux qui ont façonnés et continuent de faire vivre la ville de Miami Beach.
Ses photographies sont une célébration de Miami, sa population et son emplacement géographique qui la rend si unique. Elles ne font que déconstruire des clichés et nous invitent à regarder autrement notre présent et plus encore la ville de Miami. Au fond c’est peut être un mot tellement banal, mais si difficile à vivre – la liberté - qu’on ressent dans les photographies d’Andy Sweet et c’est bien cela qui les rend universelles.
On rêverait de prendre une chaise et de s’asseoir un instant avec un sujet d’Andy Sweet pour savourer le soleil.