Miami aujourd’hui c’est cela : une ville jeune, sportive, tendance et décomplexée. Sur Ocean Drive, on arpente le pavé rouge dans un tumulte de musique et voitures de luxe, en observant les sportifs, jeunes et ceux pour qui le soleil est un culte.
Pourtant, il y a à peine 50 ans, le quartier Art déco avait une tout autre saveur. Délaissé, abandonné, peu cher, il est investi par des retraités, majoritairement venus de New-York, qui espèrent finir leur vie sous le climat tropical et bien plus tendre de Miami Beach. Les scènes quotidiennes, ce sont des retraités assis sur des chaises, qui profitent du soleil ; South Beach est alors loin des restaurants, magasins et appartement luxueux, c’est un petit village.
Un jeune photographe récemment diplômé des Beaux-Arts comprend que le moment est unique et entreprend de photographier Miami Beach. Il arpente alors les rues, appareil photo et cigarette à la main, pour saisir des instants de vie. Son œil unique capture alors une époque et une œuvre immense est née : c’est l’oeuvre d’Andy Sweet. Le photographe décède très jeune, dans un quartier qui devient de plus en plus gangrené par la criminalité, puis son œuvre est perdue. Comme si il était écrit que l’on oublie à jamais ce moment. Des années plus tard, sa famille retrouve ses clichés, les restaure et l’on redécouvre alors des photographies uniques comme un souvenir lointain.
En apparence, ces photos nous semblent refléter une banalité presque triviale. Tout paraît anodin dans ces situations de vie. Pourtant, l’extrême quotidien y est révélé par l’usage des couleurs puissantes, vives et saturées. Le réel est intensifié. Cette esthétique est à l’époque extrêmement novatrice. Andy Sweet forge son propre style mais on retrouve chez lui des influences de William Eggleston, Diane Arbus, Bill Owens. La portée de l’oeuvre d’Andy Sweet ne s’arrête pas à la représentation sociologique d’un quartier de Miami : en capturant ces scènes de vie, il photographie des communautés en marge. Son œuvre donne à voir des thèmes universels : la construction de l’identité, le lien social et la liberté. Il ne faudrait pas réduire l’oeuvre d’Andy Sweet à des photographies de retraités assis sous des porches ou sur des transats, les photographies d’Andy sont uniques car elles font se croiser des populations différentes à travers les drag queen ou encore les afro-américains.